Pourquoi Jamel Debbouze n’a pas mangé son père ?

Pour une raison simple. C’est que papa n’avait pas bon goût, ne sentait pas bon. À vrai dire,  il puait la civilisation arabo-musulmane, méditerranéenne et traditionnelle, et le petit Jamel ne voulait pas manger de ce pain-là.  Telle est, du moins,  la leçon implicite de de son film d’animation : « Pourquoi j’ai pas mangé mon père ».

Le petit Jamel avait de l’ambition : il a préféré tuer le père  symboliquement, à la Freud, à la moderne en le privant de sa légitimité, en le dépassant plutôt qu’en le dégustant. Et aujourd’hui le grand Jamel Debbouze  est si convaincu de la supériorité de la civilisation moderne et européenne sur la civilisation traditionnelle arabo-musulmane de son papa, qu’il s’imagine en héros civilisateur, en nouveau Moïse, en nouveau Prométhée, menant son peuple arriéré et crédule à marcher droit, comme des hommes, vers les terres promises de l’amour courtois, des lumières, du mariage d’amour, des inventions technologiques, et autres merveilles de la modernité.

Telle est, en effet, très précisément la mission qu’accomplit le petit héros du film et, pour que personne ne s’y trompe, le petit héros civilisateur a la voix, les expressions verbales, la bouille et le bras dans la poche du grand Debbouze, même si par ailleurs il est un singe. Et pour que personne ne s’y trompe encore, sa tribu de grands singes dont il est le vilain petit canard est hystérique comme la rue arabe, amateur de foot comme un mâle méditerranéen, dominée par un dictateur égocentrique à la Kadhafi, lui-même servi par un lieutenant obséquieux  et fourbe inspiré de Louis de Funès mais aussi du grand vizir Iznogoud.

Nous baignons aujourd’hui dans culpabilité postcoloniale et pour énoncer de tels jugements de valeur, une si impétueuse préférence pour la civilisation occidentale moderne, il faudrait se revendiquer de l’extrême-droite, ou risquer d’y être classé. Mieux vaut se cacher ses préférences à soi‑même, user de métaphores, faire de l’humour. Jamel Debouzze n’est pas sérieux. Ce n’est qu’une fable rigolote.

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