À toi, l’ami incomparable ! – 28 janvier 2021

Tu n’imagines le plaisir que j’ai à t’écrire ! Finis les atermoiements. Avec toi, je peux parler librement. Dire ce que je pense, comme je le pense. J’ai passé ma vie à écrire laborieusement chaque ligne, car je croyais en la pensée magique, ou plus exactement en l’écriture magique.

J’entends quoi par là ? J’étais convaincu que si je me donnais assez de peine pour assembler mes mots, j’arriverais à te persuader, toi, mon lecteur et mon frère, ou toi, ma lectrice et ma sœur, de la véracité de mes propos. Plus exactement, j’arriverais à faire pénétrer la vérité en toi, la vérité avec un grand V, celle qui sort du puits, belle, nue, fraiche, jeune et si émouvante, celle qui, comme une eau claire, coule d’une jarre dans un tableau d’Ingres, la Source.

Cette eau claire, cette vérité, voilà ce que j’espérais partager avec toi, et plus exactement, et surtout, par-dessus tout, l’émotion qu’elle fait naître en moi : un désir déjà heureux d’être satisfait, une euphorie, une ivresse légère qui provient de ce que la représentation que l’on vient de se fabriquer du monde se confond enfin avec le monde lui-même, ou plus exactement avec la perception que l’on en avait. On vient de réparer le monde, en quelque sorte. Tout est plus simple. Ce bonheur-là, je renonce à le partager, sauf avec toi.

Mais me diras-tu, à qui parles-tu alors ? Je suis qui, moi ? J’existe ou je n’existe pas ? Tu renonces ou tu ne renonces pas ?  Tu es complètement fou !

 Non, pas tout à fait. Il y a toi et toi. Si je te parle à toi, et non aux autres, c’est que nous nous comprenons à demi-mot. Et même au dixième de mot. Je veux dire que toi, tu as déjà fait presque le même chemin que moi, de sorte que pour tu me comprennes, il suffit que j’ajoute, en une phrase, la goutte qui fait déborder le vase, et non que je décrive le vase tout entier.

Par exemple, si je te dis que le Bien et le Mal n’existent pas, bien que nous passions nos journées à prendre des décisions petites et des grandes qu’inlassablement nous jugeons bonnes ou mauvaises, tu ne penses pas que je fais le bel esprit, ou que je cherche le paradoxe. Non, tu penses : évite-moi les truismes ! Si tu as une idée un tout petit peu neuve, accouche, au lieu de me faire perdre mon temps.

Et bien, justement, j’ai une idée un tout petit neuve, je te la raconterai dès que je peux. À plus.

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