À toi, l’ami incomparable ! – le 4 février 2021

Voici mon idée. C’est une solution à un problème. Tu le connais déjà, mais laisse-moi le poser à neuf.  D’un côté il me paraît banal et évident d’affirmer qu’il est impossible de définir ce qui est bien et ce qui est mal autrement que de façon purement locale, subjective, arbitraire et éphémère.

Cette proposition me paraît même aujourd’hui tellement évidente, tellement banale que j’en ai presque honte. J’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte, et de te faire perdre ton temps, à toi qui me lis.

Mais d’un autre côté, dehors c’est l’inverse. Personne à ma connaissance, même parmi les philosophes, ceux du passé comme ceux du présent, n’a jamais reconnu ni n’est prêt à reconnaître aujourd’hui cet état de fait; du moins à le reconnaître avec assez de force et de clarté pour en tirer les conséquences. Personne, n’est prêt à dire : « Bon, c’est vrai, avouons-le enfin, nous sommes tout à fait incapables de définir ce qui est bien et ce qui est mal autrement que de façon purement arbitraire, transitoire et subjective. Partons de cette évidence, si déplorable qu’elle nous paraisse au premier abord, comme Descartes est parti du « cogito, ergo sum » et à partir de là voyons ce que nous pouvons faire, ce que nous allons faire et comment nous allons le faire. »

 Personne. Silence. Pourquoi ce déni ? La première réponse qui me vient à l’esprit est que je suis un penseur très courageux en avance sur son temps. Il suffit d’attendre pour que la vérité éclate, et en attendant, je vais me couler un bain de jouvence narcissique ! Un peu solitaire, sans doute, mais tant pis.

Je t’entends déjà me dire que je me prends encore pour un génie, et tu n’as pas tort, mais pas au point de trouver cette réponse bonne.

Ma deuxième réponse est un peu meilleure. Nous n’avons pas envie d’avoir un inconscient. Mais alors pas du tout. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Surtout pas ce truc là ! Ça nous agace, ça nous dégoûte, ça nous humilie. Quoi, mon cerveau déciderait à ma place ? Il ne manquerait plus que cela ? Et quand je dis mon cerveau, je veux dire tout ce qui est inscrit dedans : mon passé, mon éducation, mon époque, mon milieu, ma culture, ma langue, ma petite enfance oubliée…… tout ce qui bouillonne dedans : mes passions ambition, jalousie, peur, admiration, haine, désir… ? Tout ce monde-là déciderait pour moi ? Dans mon dos, sans me prévenir ? Et moi, pauvre pomme, je me contenterais de trouver évident, naturel, incontestable toute la petite cuisine qu’ils ont concocté entre eux, sans me tenir au courant de rien ? J’ai l’air de quoi ? D’un gogo ! En tout cas d’une marionnette.

Telle est mon idée un tout petit peu neuve. Nous avons absolument besoin de croire que le Bien et le Mal existent, incontestables et objectifs, parce que nous ne voulons pas apparaître à nos propres yeux comme de pauvres marionnettes dont les ficelles sont tirées à notre insu par notre propre cerveau. Je crois en l’existence du Bien et du Mal, dit la conscience, et je continuerai dans le siècle des siècles, pour protéger ma prééminence.  Ainsi soit-il. En fait, il me semble notre conscience entretient de très mauvais rapports avec son propre cerveau. Elle ne comprend rien à son propre rôle, à sa propre place dans le cerveau. Elle se prend pour ce qu’elle n’est pas. Elle rêve, elle fantasme. Si nous lui expliquions un peu mieux, les choses pourraient s’arranger. Je te raconterai cela une prochaine fois.

Laisser un commentaire