Ma vie n’avait aucun sens, maintenant elle en a deux

Voilà bien longtemps que je ne t’ai écrit, plus de huit mois. Figures-toi qu’il m’est arrivé une drôle d’aventure. J’ai rencontré Dieu. Désormais je suis en relation épisodique – épisodique peut-être, mais en relation – avec Dieu le Père qui pardonne tout. Si, si, lui-même, je t’assure. Dieu-le-père-qui-pardonne-tout ! En tout cas avec son incarnation personnelle pour moi. Un miracle ! Il s’appelle Guillaume Wallut. Il est éditeur. Je le trouve très sympathique, vraiment très sympathique.

Tu me diras, comment pourrais-tu ne pas le trouver sympathique puisqu’il exauce le plus cher de tes vœux : te lire, et trouver ce que tu écris si intéressant qu’il a envie de partager son enthousiasme avec les autres ? C’est même son métier. S’il se métamorphosait en scarabée ou en cloporte tu le trouverais encore très attachant.

Tu as raison. Scarabée ou cloporte, Guillaume Wallut aurait encore quelque chose de divin pour moi, puisqu’il donne enfin un sens à ma vie. J’adore cette expression « donner un sens à sa vie ». Elle drape dans le vague et le noble une addiction. En clair et en cru, elle veut dire : pour être heureux j’ai absolument besoin du regard approbateur des autres. Mais « les autres » c’est un peu comme « les fesses ». Chez nous, les fesses peuvent être moulées ou ne pas l’être mais, dans tous les cas, il convient de les recouvrir d’un tissu afin qu’elles accèdent à la respectabilité : on ne se promène pas cul nu. De même, dans notre douce, hypocrite et brouillonne religion humaniste, « les autres » doivent se draper dans une belle généralité : la Justice, le Droit, les Femmes battues, les Racisés, la Musique, la France, le Beau, la Faim dans le monde, la Planète en péril, la Littérature… que sais-je encore.

Personnellement, le besoin lancinant que j’ai du regard approbateur des autres, je l’ai habillé de deux magnifiques drapeaux sur lesquels j’ai brodé : « Avançons sur le chemin des Lumières »  et « Conquérir des terres nouvelles à la conscience ». Comme je te le racontais voici déjà un certain temps, à ma façon, je suis très napoléon.[1]

Mais je m’égare. Reprenons. Donc Guillaume Wallut est Dieu-le-père-qui-pardonne-tout pour moi. Pourquoi ? D’abord il porte le même prénom que mon père : Guillaume. Ça, c’est un pur coup de chance. L’important est ailleurs : comme je viens de te le dire, lui, il donne enfin un sens à ma vie.

Ce devrait n’être que du bonheur, comme dit le bébé en arrivant dans la famille. Au passage, tu remarqueras qu’avoir une descendance et avoir « un sens à sa vie », c’est un peu pareil, l’un et l’autre vous dépassent et sont faits pour vous dépasser : l’un et l’autre sont des ersatz d’éternité. Tout devrait donc être pour le mieux dans le meilleur des mondes, au moins au sein de ma petite âme. Mais il n’en est rien. Elle a un gros problème. En effet l’année dernière j’ai trouvé par moi-même un sens à ma vie, de sorte que désormais j’en ai deux. Cela fait un de trop, d’autant que ces deux sens se contredisent. Tout se passe comme si je me trouvais au milieu d’une rue avec un panneau de sens unique à chaque bout qui m’interdirait d’en sortir. La situation n’est pas très confortable. J’ai besoin de ton aide pour la démêler. Sois gentil, écoute-moi encore.

Tu t’en souviens peut-être, la dernière fois que je t’ai écrit du fin fond du Mexico City[2], j’avais l’ambition de résoudre une énigme dont je souffrais :

Pourquoi ai-je passé ma vie à écrire une lettre à mon père de telle façon qu’elle n’ait aucune chance de lui parvenir ? De façon à ce que, devant cette fin de non-recevoir si ardemment construite, voulue et recherchée, j’éprouve de l’abandon, de la tristesse, de l’injustice ? Bref, tout ce que j’aime, déteste, redoute ?  Telle est la question du jour.

Et j’ajoutais :

J’aimerais te donner une réponse simple, nette, convaincante comme une démonstration mathématique ; mais surtout, égoïstement, une réponse dont la teneur en vérité soit assez puissante pour que résonne dans mon âme un peu de calme et de sérénité.

Cette réponse, j’ai fini par la trouver :

Le suicide interminable et silencieux de mon père exécuté par ma mère, tel est le sens caché de ma vie, et son énigme résolu.

Ainsi, faute d’avoir réussi ma vie (c’est-à-dire, en clair, d’avoir su m’entourer d’une foule d’admirateurs) j’ai le sentiment d’avoir compris pourquoi je l’ai raté, (pourquoi je suis perdu au milieu d’un désert de solitude beaucoup trop grand pour moi).

 « Rater sa vie, c’est déjà ça. » dit une artiste des rues de mon quartier qui signe « la dactylo ». Mon âme, hélas, ne sait pas se contenter de cette ironie légère. Moi, je prends mon ratage très au sérieux.

Je considère ma vie comme un désastre. Pourquoi ? Parce que la collection de vérités que j’ai amassé si lentement et si laborieusement pendant une quarantaine d’années n’intéresse personne, absolument personne, même pas toi, il me semble bien souvent, qui me lis et m’écoutes pourtant. Remarque que mes vérités ont beau être invisibles, muettes, sourdes et aveugles, je ne les considère pas pour autant comme fausses, loin de là. Elles le sont peut-être, mais je ne le vois pas. Mon désespoir est pure sociabilité, pure vanité. Il tient au seul fait que mes vérités ne se reflètent pas dans les yeux admiratifs des autres, ne suscitent pas des murmures approbateurs, des applaudissements. Bref, je souffre de rester indéfiniment à la porte du Paradis des Autres, sans pouvoir entrer.

Pour embellir mon exclusion, ma solitude, je lui ai trouvée une origine magnifique : le destin, ou si tu préfères, l’inconscient. Cela revient au même aujourd’hui. Pour assurer leur triomphe, j’ai écarté toutes les circonstances et origines prosaïques de mes échecs : la faiblesse des arguments, la timidité à les défendre, les scrupules déplacés, la peur des autorités, l’absence d’un titre qui marquerait l’appartenance à la noblesse du savoir, et même le caractère pointu, ésotérique, improbable, inactuel de ces vérités. Tout cela, je l’ai mis au panier : pas de quoi donner un sens à ma vie.

Non, moi je n’ai pas échoué par insuffisance ou par maladresse. J’ai fait exprès d’échouer. Tout est voulu, entièrement voulu. Je suis maître de moi comme de l’univers ; enfin pas moi exactement, mais mon inconscient. Lui, il est maître de l’univers. Du moins j’ai envie de le croire. Au fond, je préfère être l’exécuteur et le jouet de mon inconscient plutôt que de dépendre des autres. Mon inconscient est un peu moi-même quand même, alors que les autres…  ils sont dangereux, beaucoup trop dangereux et imprévisibles.

Donc pour devenir ou redevenir en quelque sorte mon propre dieu, celui qui donne un sens à ma vie, pour rester en imagination maître de moi comme de l’univers, je fabrique un sens à ma vie en accord avec les circonstances que je traverse : l’impossibilité de me faire applaudir et, en particulier, l’impossibilité de me faire publier. En voici une nouvelle formulation :

Pendant la plus grande partie de ma vie intellectuelle, je ne comprends pas à quoi je joue. En fait, je tente de me faire pardonner un crime (non un crime pénal, seulement un crime psychologique ou moral, comme tu voudras) dont je me sens responsable et complice : la destruction lente et régulière de mon père en tant que mâle par ma mère.

Vains travaux. Je ne peux pas me faire pardonner ce crime pour une raison simple : il est, à proprement parler, impardonnable, et il est impardonnable pour une raison indestructible : le crime n’a jamais existé ! Mon père en effet a consenti à sa propre destruction en tant que mâle. Il fut un cocu consentant.

 En résumé, il est impossible que je réussisse à me faire applaudir, et en particulier à me faire publier, parce qu’il est impossible que je me fasse pardonner un crime que non seulement je n’ai pas commis, mais qui en plus n’a jamais existé !

Tel est ma loi d’airain, le sens caché de ma vie, d’une pureté et d’une dureté remarquable. Bien sûr, ce sens est strictement négatif, à la manière d’une preuve par l’absurde en mathématiques ou d’un interdit.

Or – coup de théâtre et miracle inopiné ! – voici que surgit dans ma vie, par l’entremise d’un ami, Guillaume Wallut, qui m’applaudit et veut me publier et me publie et donc qui, sans se douter le moins du monde d’à quoi il joue, me pardonne de n’avoir pas porté secours à lui, Guillaume, mon père, et donc me pardonne tout.

Que faire ? Oublier mon destin et mon inconscient ? Oublier cet interdit fabriqué sur le tard, qui donne une si belle allure à ma vie ? Bien sûr. Il faut saisir les circonstances favorables, être pragmatique, avoir du bon sens.

Mais, vois-tu, saisir les circonstances favorables n’est pas si simple. Je m’en suis aperçu depuis quelques temps, depuis que Guillaume Wallut a choisi de mettre des fragments de ma prose à la disposition de tous. Mon livre, qui est aussi bien son livre maintenant, s’appelle Comment fabriquer le bien et le mal facilement. Tu peux le commander dans n’importe quelle librairie. Guillaume Wallut m’a déjà donné la possibilité de l’améliorer un peu. Sa maison d’édition est petite, la circulation de mon livre discrète, même confidentielle pour l’instant. Mais qu’importe, si discrètement qu’il l’ait fait, Guillaume Wallut a fait le geste, il m’a publié, donc il m’a pardonné. Il continue de me publier et donc il continue de me pardonner de n’avoir pas porté secours à mon père. Je suis innocent, innocent pour la première fois depuis plus de soixante ans. Innocent ! Quelle merveille !

Mais alors de quoi te plains-tu encore ? me diras-tu, profite de ton innocence ! J’aimerais bien, mais mon inconscient est idiot : il ne peut s’empêcher de refaire la même bêtise : il jette le bébé avec l’eau du bain. Il jette mon brevet de prophète avec ma culpabilité. Ça veut dire quoi, ça ? Pour aller vite : je n’ose plus prendre la parole. Je n’ai presque plus rien à dire, plus de sujets de conversation. J’aperçois moins de faussetés à corriger, et ces faussetés me semblent moins fausses. Je n’ai plus de force. La source jadis inépuisable de mon ardeur au travail et de ma légitimité est devenue un mince filet intermittent du fait de l’innocence que me procure Guillaume Wallut en me publiant. Car si officiellement, selon l’idée que je me fais de moi-même, je passe ma vie à redresser des faussetés du vaste monde, mon métier inconscient (enfin, pour être précis, le métier d’une minuscule province de mon inconscient) est de tenter de prouver inlassablement, sans aucun espoir de réussir, que je ne suis pas coupable, que je ne suis pas ce lâche, ce faible, ce lamentable qui n’a pas pu, pas su, pas osé porter secours à son papa, à mon Guillaume, à ce père qu’officiellement, si je n’écoute que mes sentiments et jugements de jeune homme et d’homme jeune, je méprise, je considère comme une quantité négligeable aussi bien affectivement  qu’intellectuellement.

Mon problème est donc le suivant : ma légitimité de prophète provient de ma culpabilité. Or j’ai envie d’être un innocent qui aurait encore le droit de dévoiler la vérité. Que faire ? Je cherche. Laisse-moi chercher encore un peu. Ne me dis pas que mon âme se pose des problèmes de luxe, je le sais.

Dans la vie courante, je crois que Raison et Vérité, ces merveilleuses divinités abstraites, me parlent à l’oreille. Elles m’ont élu pour dévoiler aux autres quelques-unes des innombrables faussetés qui parsèment le monde. J’exerce avec bonheur ce métier qu’elles ont choisi pour moi. Je ne suis que leur porte-parole. J’ignore que Raison et Vérité ne sont que les déguisements somptueux dont j’ai revêtu mon misérable sisyphe, ce sisyphe que j’ignore, qui vit en enfer, dont le boulot est de tenter de prouver inlassablement, sans aucun espoir de réussir, que je suis  innocent, que je ne suis pas ce lâche, ce faible, ce lamentable qui n’a pas pu, pas su, pas osé porter secours à son papa, à mon Guillaume, à ce père qu’officiellement, si je n’écoute que mes opinions de jeune homme et d’homme jeune, je méprise, je considère comme une quantité négligeable aussi bien affectivement qu’intellectuellement.

Maintenant que Guillaume mon éditeur a décidé de mon innocence, mon pauvre sisyphe, là-bas en enfer, croise les bras, oisif, profondément déprimé :  « Qu’est-ce que je peux faire, jsais pas quoi faire »  dit-il comme Marianne Renoir dans Pierrot le Fou. Le désarroi de mon pauvre sisyphe en enfer échappe à ma perception, mais je ressens  à la surface de la terre comme un tremblement, comme une perte. J’ai honte de l’outrecuidance avec laquelle je tranche du vrai et du faux. Les beaux drapeaux sur lesquels j’avais brodé « Avançons sur le chemin des Lumières », et « Conquérons des terres nouvelles à la conscience » m’ont été arrachés. Ils gisent loin de moi, à moitié déchirés dans la boue, et je me promène les fesses à l’air, cul nu, ridicule et honteux.

Les fesses à l’air, cul nu ? Oui, c’est tout à fait cela. La situation est même bien pire. Tiens-toi bien : je rêve à nouveau de me faire enculer par mon père. Je ne plaisante pas du tout.

En fait, je suis revenu à mon point de départ. Il y a bien longtemps, tout au commencement du long périple qui aboutit à ces lignes, j’ai usé d’une sorte d’écriture automatique, ou semi-automatique, peu importent les détails. Elle avait pour mission de faire affleurer à ma conscience les peurs et les désirs qui me dominaient et échappaient à ma perception. Comme un chevalier aiguiserait son épée avant de partir au combat, je voulais avoir l’âme aussi transparente que possible avant de partir à la conquête des vérités du vaste monde qui me manquaient. Au bout de trois pages, un scandale éclata. A ma grande confusion voici ce qui sortit de ma plume :

Dans un même élan, je rêve d’être un artiste et je n’ai rien à dire. L’aveu pourtant n’est pas compliqué : je rêve de me faire enculer. Ouvert, offert, désiré, pris, enfin utile et enfin nécessaire ! Seulement peut‑on ramper au pied de celui qui vous rejette : de grâce, mon père, enculez-moi ? A quoi bon cette extrémité organique ? Elle vous choque ? Déshabillez‑vous et tournez la page. Il n’est pas difficile de comprendre que le désir s’obscurcisse du cerveau et se coule dans les veines de celui qui a manqué de symboles, de gestes et de paroles.

Sur le moment, ce désir est trop monstrueux, trop honteux, trop cru, trop étranger à ce que je crois penser pour que je puisse en faire quelque chose. Je suis comme un pêcheur à la ligne qui regarde passer une baleine. Impossible d’attraper ça.

Il me fallut des années pour accéder à l’intelligence, à la compréhension de mes sentiments, à une forme de civilisation et de maturité. Il me fallut  des années pour comprendre que j’avais seulement exprimé le désir éperdu que j’avais que mon père me reconnaisse, me pardonne ma faute, m’adopte et m’aime comme fils, me rende enfin légitime.

Il me fallut des années pour construire ce bel édifice. Maintenant il est en ruine. Il n’est plus que le temple d’un dieu mort. Guillaume a tué Guillaume. En publiant le livre d’un étranger, d’un inconnu, d’un certain Paul-Boncour François, Guillaume Wallut a tué mon Guillaume, mon père imaginaire, celui qui habitait dans ma tête et uniquement là, occupant peut-être quelques centaines de millions de neurones, celui pour lequel je me suis battu toute ma vie tout en ignorant la plupart du temps que je me battais pour lui, celui pour lequel je me suis battu toute ma vie en soupçonnant que je me battais en vain, que je n’arriverai jamais à le sauver. Le sauver ? Oui, le sauver lui, le réhabiliter en tant que père et du coup me réhabiliter moi, en tant que fils, réhabiliter ce pauvre père qui ne pouvait pas me pardonner, parce que comment te le dire, mon cher fils, c’est embarrassant… j’étais consentant. Mon vieux père, celui qui logeait dans mon cerveau sans que je le sache, celui qui n’aurait jamais pu me pardonner, même avec la meilleure volonté du monde, mon vieux père est mort d’avoir été pardonné par mon éditeur, tout comme il a été suicidé par ma mère. Mon vieux papa est mort d’avoir été contraint de faire le contraire de ce qu’il était.

Je le comprends maintenant, mais un peu tard, il eut fallu que je lui pardonne moi, puisque lui, mon père, ne pouvait pas me pardonner. Oui, il eut fallu que je lui dise je te pardonne, mon petit papa chéri, mon tout petit papa cocu consentant. Oui je te pardonne, je te pardonne mille fois, ce n’est pas grave, je t’aime bien, tu n’étais pas un mauvais bougre, loin de là, dors en paix. Mais il trop tard, il n’est plus. Je n’ai plus personne pour m’enculer.

Je n’ai plus personne pour m’enculer. Telle est, en une seule phrase, ma nouvelle condition. Il va falloir continuer à vivre ainsi, les fesses à l’air, cul nu. Ouvert, offert ? Peut-être, sans doute, pourquoi pas ? Mais désiré, pris, enfin utile et enfin nécessaire, non, ça c’est fini, et fini pour toujours, sans jamais avoir commencé puisque tel était mon idéal, mon avenir, mon paradis. Je n’ai aucun père de rechange. Autrement dit, dans mon imagination ou, si tu préfères, dans mon inconscient, il n’existe plus personne dont je désire qu’il m’encule, dont je puisse rêver qu’il voudra bien m’enculer un jour, quand j’aurais tué assez de faussetés, découvert assez de vérités. Bref, je n’ai plus de dieu personnel.

Et Guillaume Wallut, me diras-tu, que devient-il dans tout cela ? Je ne sais pas exactement, on verra.   Il a été une divinité éphémère, un passeur, un messager. En me publiant, il m’a aidé à découvrir que non seulement mon père était dans l’impossibilité absolue de me pardonner, mais en plus, et surtout, que c’était à moi de lui pardonner, de lui pardonner d’avoir si longtemps consenti à être cocu si longtemps.

Donc je pardonne à mon petit papa d’avoir consenti à être cocu, et donc il ne me reste personne pour m’enculer, et donc je ne suis plus prophète, et donc je ne peux plus en vouloir aux autres de ne pas me reconnaître comme prophète – j’entends par là ne pas reconnaître instantanément la qualité étincelante et bouleversante de mes vérités –  et donc je suis débarrassé de ma rancune envers les autres, du sentiment d’être poursuivi par un sort injuste que j’ai du mal à comprendre. Adieu pleurnicheries rancuneuses !

 Il ne me reste plus qu’à parler pour ne rien dire, rien dire de sérieux, rien qui provienne de la Vérité ou de la Raison, juste bavarder, bavarder avec toi encore, si tu le veux bien, et peut-être quelques autres aussi, s’ils le veulent bien, bavarder sans conséquence, sans  sanction, sans effet, léger comme un mortel qui n’a plus de dieu. Il ne me reste qu’à essayer de vivre au présent. Personne ne me croit. Personne ne s’intéresse à mes vérités. Je suis innocent.

Sans faire d’histoires, il ne me reste plus qu’à rendre mon tablier de prophète et toutes les prétentions qui vont avec : telle est la seule solution que j’ai trouvée à mes malheurs.

Tu sais, je te remercie de m’avoir écouté une fois encore, toi, mon ami incomparable, car je sais qu’à te raconter tout cela je prends de ton temps pour des usages qui sont presque uniquement égoïstes : j’espère diminuer angoisse, peur, solitude, augmenter calme, sérénité, plénitude. J’espère. Je fouille les recoins obscurs de mon âme, une lampe à la main, comme quelqu’un explorerait un grenier plongé dans le noir, convaincu que s’il arrive à bien décrire, peut-être à bien reconnaître le fatras compliqué recouvert de poussières et de toiles d’araignées qui s’y trouve, il en éprouvera de la joie. La vérité guérit. Tel est l’axiome qui m’agite. Mais, au fond, cet axiome, je ne sais d’où il me vient, ni surtout s’il est exact. J’espère, j’espère toujours que la teneur en vérité de ma description sera assez puissante pour verser une dose de bonheur dans mon âme. J’espère. Mais souvent je doute, soit que je pense que la vérité, finalement, ne guérit pas, soit que je pense que je n’arrive pas à fabriquer des descriptions assez puissantes. Peut-être les deux sont vrais : la vérité ne guérit pas beaucoup, et ce que je décris n’est pas assez profond.

J’ai envie d’arrêter de fouiller dans le grenier. Il me semble que j’en ai fait le tour, que je suis trop vieux, que j’ai assez parlé de moi-même. Mais ce matin, en me réveillant, il m’est venu une idée, une dernière peut-être, capable peut-être d’affaiblir un peu ma ridicule addiction à l’autre, ou si tu préfères, ce sentiment de manque qui me donne envie de pleurer. Alors, en bon alcoolique, je t’invite à boire un dernier verre avec moi… Trinquons à l’insouciance ! Oui, à l’insouciance ! Tu n’imagines pas comme je serais heureux de parcourir avec légèreté et ironie ce désert de solitude que je me suis fabriqué, au lieu  de scruter ses horizons immenses avec un sérieux infini, en psalmodiant  inlassablement « je suis perdu comme un enfant la nuit dans un grand bois, et personne ne m’aime et personne ne comprend. »

L’idée qui m’est venue est la suivante : une part petite mais certaine de ma solitude, je la dois à mon grand-père[3]. Je ne t’ai pas encore raconté cela.

Peut-être te souviens-tu que dans Comment fabriquer le bien et le mal facilement » j’essaie à plusieurs reprises de penser, de sentir, de vivre en imagination dans un pays nouveau, un pays inconnu, pays que moi-même j’ai à peine commencé à explorer, celui où ou le Bien et le Mal éternels et universels ont tout à fait cessé d’exister, même dans nos propres têtes, pays dont je suis sûr qu’il est notre future et inévitable patrie, à nous autres enfants des Lumières.

A un moment donné, pour passer un peu de temps dans ce pays nouveau, je m’occupe à découvrir (toujours avec ton aide) l’origine d’une tristesse. Je suis triste parce que je me sens seul, je me sens seul parce que je le suis, je le suis parce que je l’ai bien cherché. Et comment ai-je fait ?

Voici la réponse que je t’ai donnée :

« en m’isolant pendant tant et tant d’années. Écrivant, écrivant encore, écrivant toujours, cherchant des vérités la plume à la main, mais sans jamais chercher à être écouté, à être lu, à soumettre ces assemblages de mots au jugement des autres : ça vérité ou pas vérité ? Ça ne pressait pas, pouvait attendre, pourrait mieux faire, ne suis pas arrivé au bout du chemin… Convaincu, surtout au début, de pratiquer une abstinence heureuse, et même  admirable. Même si je suis ridicule, je te le dis franchement : cette grande chasteté purificatrice était dans mon esprit une forme de sainteté. »

Laisse-moi développer cette « grande chasteté purificatrice » Au moment où je suis un homme jeune se lançant à la recherche de vérités nouvelles, je me souviens que j’ai le sentiment de choisir le droit chemin, celui de la santé et de la vertu, du fait que je renonce dans l’immédiat et pour longtemps à faire connaître mes travaux, c’est-à-dire, en clair, à me faire applaudir, à me faire admirer.  Les sucreries, on verra plus tard. Je renonce même, de façon tout à fait délibérée, je m’en souviens avec précision, à cultiver les amitiés, les affections qui sont entachées à mes yeux d’un défaut : elles pourraient être utiles à ma carrière. Moi, je ne mange pas de ce pain-là. Je veux honorer la Vérité. Or, dans mon esprit, qui veut honorer la Vérité ne doit rien lui demander en échange, pas même l’amour et la reconnaissance des autres. En fond de paysage à cette volonté ascétique, je suis convaincu que la qualité de mon travail est si grande qu’il me suffirait de le montrer pour emporter les suffrages. Je fais donc un vrai sacrifice.

Passons sur mon encombrante et naïve mégalomanie. En quoi renoncer à faire connaître les résultats de mes recherches pourrait-il être une vertu ? Les vérités sont faites pour être partagées. Pourquoi refuser provisoirement de le faire ? De quelles débauches inconnues et passées cette abstinence me purifie-t-elle ? Au point que je puisse voir en elle une forme particulière de sainteté ? Tout simplement des débauches de mon grand-père. Je m’oppose à lui. Je contredis son principal défaut : un narcissisme insatiable. Plus exactement, je le contragis : je fais le contraire.

Pourtant je dois beaucoup à mon grand-père. Sous certains angles, je suis une timide copie de lui. Tout au début de mon périple, à la fin des années soixante-dix, quand j’avais la trentaine, voici comme je l’ai décrit, lui et son influence sur moi :

Mon grand-père était un être lumineux jusque dans les vertiges de son narcissisme. Il ressemblait intérieurement à ces femmes pulpeuses et onduleuses, aux seins et au sourire éclatants, qui incarnent sur les affiches début du siècle  l’attrait de vélocipèdes aux épithètes homériques, ou celui de ces merveilleuses fleurs du progrès, les ampoules électriques. Il avait beaucoup de charme et il en abusait. Il avait eu les cheveux blancs très tôt : il les portait longs. Son profil rappelait Robespierre : il affectionnait des lavallières blanches en guise de jabot. Il aimait les grands principes et les grands sentiments : la Révolution française et les vieilles familles de la noblesse, la République et les têtes couronnées, le Comité de salut public et l’uniforme militaire, la défense nationale et la paix. Il adorait son père et sa mère; son père, médecin de campagne, était républicain et déiste, sa mère, très pieuse, catholique et royaliste. Lui-même se convertit au socialisme à la fin du siècle dernier, au moment où il était à la mode : il écrivit des chroniques sociales dans le Figaro et se maria dans la grosse bourgeoisie de la plaine Monceau. Il avait pour ses petits-enfants une inclination pleine de tendresse dans laquelle je puisais des forces et l’apaisement, comme une plante au soleil. Avec la fidélité des processus involontaires, je me moulais sur lui : j’ai été jusqu’à reproduire des cheminements intellectuels qu’il avait eu dans sa jeunesse, que j’ignorais et que j’ai découvert depuis avec la honte du plagiaire démasqué, car je croyais mes préoccupations originales, dictées par les faits, objectives. Je me prends pour un penseur social parce que je suis un voleur sentimental: j’imite pour être. Sur un portrait de lui en homme jeune, mon grand-père s’orne le front d’une belle mèche : elle retombe en boucle sur le mien. A vingt ans, j’ai fondé le parti structuraliste français. Ses statuts et son programme ne sont jamais sortis de ma tête, son sigle n’a jamais décollé des feuilles de papier blanc sur lequel je prenais mes notes d’étudiant et dont je me sers encore : il est celui dont usait mon grand-père. A cause de son accueil chaleureux, je me sens de gauche, c’est à dire naturellement bon, et lorsque je dérape sur ma mégalomanie, j’accède, comme lui, aux plus hautes fonctions de l’Etat.

Aujourd’hui, d’une certaine façon, rien n’a changé. Dans Comment fabriquer le Bien et le mal j’essaie de montrer qu’un gouvernement mondial sera tôt ou tard indispensable à la survie de l’espèce humaine et qu’il sera aussi, inévitablement, un terrifiant cauchemar totalitaire. J’appelle ce problème « l’aporie morale et politique principale des modernes tardifs ». Je crois avoir trouvé la façon de nous tirer de ce cauchemar, au moins moralement et philosophiquement. Pourquoi me donner tout ce mal ? Il m’est venu à l’idée voici quelque temps que je travaillais pour mon grand-père. Il a représenté la France à la Société des Nations qui fut, pendant l’entre deux guerres, l’ancêtre malheureuse de l’ONU. En 1945 il  a signé au nom de la France la charte fondatrice de l’ONU. Il a consacré une part de son énergie et de sa carrière politique à défendre la nécessité, les bienfaits d’un ordre international : en vain. A ma façon, J’essaie de rattraper le coup.

Mais ce grand-père, mon grand-père, je le repousse, je le rejette autant que le l’aime. Il me dégoûte un peu. Il avait quatre-vingt-cinq ans quand j’en avais quinze. Je n’ai bien connu de lui que la décadence de son grand âge. Au début de mon périple, je me souviens :

« J’avais pour lui des sentiments contradictoires; ou si l’on préfère, j’avais de lui des images inconciliables.

Il y avait d’un côté le héros éponyme, le chevalier à la blanche tunique. Il  avait ébloui sa fille dès son plus jeune âge, et pour la vie. Ce chevalier au cœur pur était aussi tribun; il enrobait la vérité dans des paroles d’or qui enchantaient les foules.

Par la suite, sa fille devint ma tante. Elle me raconta sa légende. Lorsque je regardais le chevalier qu’elle me désignait, j’aperçus un vieillard aux amours pleurnichardes, aux pyjamas en laine blanche tachés d’urine, avare comme l’Avare, sourd comme un pot, qui traitait, à peine leur avait‑il tourné le dos, ceux qui le servaient de « salopards » et de « voleurs », sans que ceux‑ci s’en offusquent, car il n’était pas méchant au fond. De l’éloquence de mon grand‑père, qui enchantait les foules, j’avais pour tout souvenir personnel un discours de distribution des prix, prononcé dans mon école, où mon grand‑père, à force d’évoquer la lointaine guerre de 14 et « le linceul de pourpre où dormaient les dieux morts », lassa tant son jeune auditoire que celui‑ci, pour écourter son supplice, se mit à taper des pieds. »

Et un peu plus loin :

« Mon arrière-grand-mère était, paraît-il, une femme sévère et un peu froide. Son petit dernier, Joseph, qui devait devenir mon grand-père, était sensible : il s’enfuit du collège où, à longueur d’année, il était pensionnaire et dont il aimait à se rappeler qu’on y brisait la glace dans les seaux, les matins d’hiver. Il rentra à la maison en parcourant à pied quinze kilomètres: on le reconduisit. Il songea à devenir marin: la mer eût été son exil volontaire. Il reprenait ainsi à son compte l’exil affectif que lui imposait sa mère. Il choisit politiquement le côté d’un père tendre et affectueux : la République. Il ajouta aux libertés la compassion dont il avait manquée : il afficha un air crâne et se proclama socialiste : il encourut ainsi volontairement la désapprobation de sa mère monarchiste et en souffrit. Les femmes furent toute sa vie sa faiblesse et sa croix : il était entouré d’une volière d’admiratrices qu’il maintenait à bonne distance à l’aide d’un abondant courrier. Très vieux, il leur téléphonait avec des trémolos pathétiques et enfantins qui résonnaient à travers sa maison à cause de sa surdité, et qui me mettaient le rouge au front. Ces débordements de dépendance étaient le décor derrière lequel il cachait sa misère : il était méfiant et soupçonneux, il avait toujours peur de manquer : la générosité et l’optimisme socialistes traduisaient ses aspirations, non sa nature : dans les liens du mariage, il priva si bien son épouse de plaisir, de confiance, d’attentions et d’argent qu’elle finit par le divorcer, tout en le regrettant. Il était trop assoiffé de la tendresse des femmes pour ne pas aimer séduire et être séduisant, mais il avait trop peur de leur domination pour se donner à aucune : il n’étreignait que lui-même. Faute d’avoir pu maîtriser l’image de sa mère, il l’avait multipliée pour régner, mais il n’avait réussi qu’à s’enfermer dans un palais de glaces où il contemplait à l’infini sa propre impuissance : chez lui il avait accroché un peu partout son portrait.

Aussi moi, son petit-fils, au moment de me lancer dans la grande aventure intellectuelle de ma vie, je décroche mon portrait. J’entends par là que, dans ma tête, j’aboli par mesure d’hygiène tous les miroirs dans lesquels, aujourd’hui ou demain, je pourrais m’apercevoir avantageusement, détailler la beauté de mon profil, la délicatesse de mes sentiments, la puissance de mon intelligence. Mon grand-père a tant aimé s’apercevoir et s’aimer dans le regard des autres, il a si bien réussi à le faire, il en tiré si peu de force et de sérénité, que cette passion m’apparait comme une passion mauvaise, une drogue dure, un poison, un vice. Je ne veux pas m’abîmer dans le néant des miroirs. Pour ne susciter aucun reflet, je me retire loin du monde.

Cet avenir me plaît. Longtemps je vivrai de trois fois rien dans le désert. Je servirai la Vérité sans rien lui demander en échange. Je l’honorerai comme un saint homme. Mais un jour, je reviendrai. Je montrerai les résultats de mes chasses. J’aurai tué, du moins je l’espère, à mains nus et sans l’aide de personne, plusieurs horribles et féroces faussetés qui menaçaient de faire périr l’humanité. Certains s’en apercevront et m’en seront reconnaissants. Je serai estimé et célèbre. J’entrerai au Paradis des Autres par la grande porte.

Telle est l’histoire que je me suis raconté, et maintenant je suis bien attrapé. J’essaie en vain de défaire le sort que je me suis jeté. L’abstinence, la chasteté, la sainteté, je n’en veux plus. J’aimerais consommer, jouir de la Vérité, jouir en elle, avoir quelques beaux orgasmes avant de mourir. Seulement maintenant la Vérité se refuse à moi. Peut-être est-elle vexée que j’aie refusé pendant si longtemps de goûter à ses charmes. Je ne plaisante qu’à moitié. Il y a un peu de vrai dans cette phrase. Je vais essayer de le trouver.

Comme je te l’ai déjà raconté, il m’arrive souvent ces derniers années d’avoir envie de pleurer sans savoir pourquoi et sans y arriver : un état d’âme persistant d’on ne sait d’où venu. Il me semble maintenant je tiens la solution. J’ai envie de pleurer parce que la Vérité se refuse à moi. Oui, tel est mon étrange situation. Laisse-moi la déplier.

La Vérité se refuse à moi… oui, mais pas la Vérité seulement … mais aussi ma mère… je confonds en partie les deux depuis longtemps… cette étrange confusion, je t’en ai parlé déjà, je te l’ai racontée[4], mais parfois je l’oublie… donc ma mère et la Vérité se refusent à moi… ça sonne plus juste, mais ce n’est pas encore ça … non, ma mère et la Vérité ne se refusent pas à moi… en fait, je me refuse à elles… mais ce refus je ne le désire pas, mais pas du tout… je refuse ce refus de toutes mes forces… ce nœud, il s’est noué…  petit garçon, adolescent, jeune homme, je grandis, n’y peux rien, il me faut bien grandir… mais ma mère (et donc la Vérité aussi) aimerait que je ne dise pas je… que (…) ne puisse dire je… que (…) ne sache dire je… qu’absence de je reste métaphoriquement dans son ventre, comme remède à sa mélancolie, à la remplir de contentement… j’aimerais faire plaisir mais ne peux pas… ai envie de pleurer… parce que ma mère (et la Vérité avec) m’oblige à me refuser à elle… conditions trop dures… redevenir fœtus…  aussi mon propre refus, je le vis comme s’il était le leur…  ce sont elles qui me refusent…  vrai en partie puisqu’elles me posent des conditions impossibles…  voici pourquoi ai envie de pleurer… sans arriver à les verser, les larmes : je suis responsable sans l’être tout en l’étant.

Quand j’ai envie de pleurer j’entends un grossier résumé de tout cela : la Vérité se refuse à moi, ou, autrement dit: les autres m’ont (injustement) abandonné.

Aujourd’hui la situation est un peu différente.  Guillaume Wallut a entrebâillé un tout petit peu la porte du Paradis des Autres ; autrement dit la Vérité m’accorde une tendre, discrète et rapide caresse ; autrement dit encore le sort que je me suis jeté est un peu atténué, les nœuds dont mon caractère est noué se sont un peu détendus.

La Vérité se donnera-t-elle un jour à moi ? Je ne le sais pas. Je ne peux pas le savoir. Le plus sage si je veux vivre heureux le restant de mes jours… disons, pour être précis, si je veux m’épargner des malheurs inutiles, est d’oublier tout à fait cet espoir, de choisir comme axiome fondateur : la Vérité ne se donnera pas à moi.

Si mon âme avale cette potion sans faire la grimace alors, pour être passagèrement heureux, il me suffit de pouvoir t’écrire et te parler, bavarder avec toi, toi mon ami incomparable, toi qui es sûrement le plus sage de nous deux, toi qui me dis ne flanche pas, continue sur ta lancée, reste fou, droit et digne.  Honore la Vérité. Honore-la sans rien lui demander en échange. Après tout, l’épitaphe que tu t’es trouvée n’est pas si mal :

Ci-gît celui qui aima la vérité d’un amour si pur qu’il renonça à jouir d’elle.


[1] Voir dans le blogue : Je suis complétement Napoléon.

[2] Voir dans le blogue : Hôtel de las Americas

[3] Les autres parts (ou sources, ou origines), je t’en ai déjà parlé dans Comment fabriquer le Bien et le Mal facilement, et dans le blogue

[4] Voir Comment fabriquer le Bien et le Mal facilement p.138 et suivantes

Un commentaire sur “Ma vie n’avait aucun sens, maintenant elle en a deux

  1. Genial, comme d’habitude .Mais pourquoi ca me fait penser a Woody Allen ? Tuas depense une energie considerable pour echouer, mais pas de bol, tu as reussi par inadvertence ! Ca valait bien la peine !!!  

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