« Je ne sais pas si jamais nous deviendrons majeurs. Beaucoup de choses dans notre expérience nous convainquent que l’événement historique de l’Aufklärung ne nous a pas rendus majeurs; et que nous ne le sommes pas encore. » Michel Foucault

Pourquoi me lire?

Ces pages s’adressent à ceux qui croient qu’il est possible d’avancer encore sur le chemin des Lumières,

c’est-à-dire à ceux qui peuvent imaginer ‑ au moins provisoirement, à titre d’hypothèse ‑ que nous nous soyons arrêtés au milieu de nulle part pour faire la sieste, et que ce soit cette somnolence à demi lucide, à demi rêveuse, à demi superstitieuse que nous appelions « êtres modernes »;

autrement dit, à ceux qui sont las d’être post-modernes, modernes tardifs ou encore modernes mélancoliques et emberlificotés, et qui, pour autant, n’ont nulle envie d’abandonner le combat pour se replier sur l’une ou l’autre des solutions illusoires du passé, nulle envie de se réfugier dans la première transcendance venue;

ou  encore à ceux qui ont envie de sentir le vent sur leur visage, l’allégresse du départ, la jouissance de la raison s’emparant de proies nouvelles, et tant pis si s’évaporent ainsi les  évidences préférées de la tribu, c’est à dire les nôtres..

Bref, il y aurait encore du travail pour la raison, pour la lucidité, pour la civilisation occidentale, pour l’Europe, pour la France et même pour les intellectuels.

Qui suis-je ?

J’aurais dû être chercheur car, au fond, je n’ai jamais fait que ça : chercher. Ou plus exactement, essayer de comprendre. J’aime les énigmes et les mystères du monde, j’admire ceux qui parviennent à les capturer et les tuer: le dernier terrain de chasse qui nous reste, à nous autres anciens chasseurs cueilleurs, est notre propre ignorance.

Par formation et par curiosités j’appartiens aux sciences humaines; j’aurais pu devenir ethnologue si les tourbillons de la vie et, en particulier, ceux de Mai 68 n’en avaient décidé autrement. Je suis devenu journaliste. J’ai travaillé quelque temps au Nouvel Observateur et plus tard à Libération. Mais finalement j’ai quitté l’un et l’autre de ces journaux pour me consacrer à un même et interminable travail d’écriture, de réflexion et aussi d’apprentissage.

J’ai assimilé ce que j’ai pu de la physique, des mathématiques, de l’astronomie, de la biologie, de l’histoire de la vie …etc. car, selon ma conviction le tissu du réel est d’une seule pièce, et l’étude de ce tissu, ou plus exactement de ces petits fragments dont nous avons pour l’instant connaissance, vaut bien mieux comme formation, si l’on veut philosopher, que l’étude des philosophes.

Pendant de longues années lire, écrire, chercher à comprendre sans chercher à être publié a été à la fois une volupté, une ascèse et un privilège, autrement dit une névrose. J’attendais de mieux faire. Aucune place ne me convenait et je n’étais pas sûr d’atteindre mon but.

Maintenant que je suis vieux et que je sens la mort venir, je serais heureux de partager, à travers les reflets des événements courants, quelques-unes de ces façons de voir le monde qu’au fil du temps j’ai fini par fabriquer.

  François Paul-Boncour

Post-sriptum, Janvier 2021

« Je sens la mort venir » disais-je il y a cinq ans. En fait, j’étais en bonne santé et j’avais un peu plus de soixante-dix ans. Donc je fanfaronnais, je philosophais , je voulais vous montrer que (contrairement à vous), je regardais les choses en face, j’affrontais la condition humaine !

A peine avais-je affiché cette vaste lucidité que je suis retourné aux mensonges d’où j’étais venu : l’éternité. Celle de tout le monde. Je veux dire cette éternité du présent qui est notre séjour familier à tous, une prison ignorante et imaginaire dont nous n’arrivons pas à nous évader faute de pouvoir nous souvenir de notre naissance ni imaginer cet événement qui, c’est certain, ne nous est encore jamais arrivé : notre propre mort.

Carlo Rovelli, un physicien devenu assez philosophe, raconte : « Dans le troisième livre de la grande épopée indienne, le Mahabharata, un Yasha, un puissant esprit, demande à Yudhisthira, le plus vieux et le plus sage des Pandava, quel est le plus grand des mystères. Sa réponse résonne à travers les millénaires : « Chaque jour, d’innombrables personnes meurent, et pourtant celles qui restent vivent comme si elles étaient immortelles. »

En fait, à peine m’étais-je vanté d’être mortel que je me suis lancé dans une entreprise dont l’ambition et le sérieux impliquait sans aucun doute que je me crusse éternel ou, ce qui revient au même, tout-puissant. Quand on est éternel, on a tout le temps nécessaire pour réussir ce qu’on a raté.

Tout-puissant ? Oui, une fois encore, la dernière fois j’espère, j’ai cru que j’arriverai à fabriquer des phrases si bien tournées qu’elles puissent vous convaincre, vous, mon lecteur, d’une de ces évidences que je traine dans ma tête. Ces évidences orphelines creusent en moi une solitude très douloureuse, une mélancolie presque irrémédiable, non du fait de leur existence, mais du fait que je ne parvienne pas à vous les faire partager, à faire partager leur existence à personne ou presque. A cause d’elles, je reste seul et désespéré. C’est ridicule, je sais.

Cette fois-ci, l’évidence qui m’est restée sur les bras  est : il est devenu impossible de fonder le bien et le mal. Mais celle-ci ou une autre, c’eût été pareil.

Ridicule et désespéré, me suis-je dit, ça assez duré comme ça ! Donc, cher lecteur, voici ce que j’ai décidé. Je change mon fusil d’épaule. Finie la solitude, finie la toute-puissance ! J’arrête de vous vouvoyer, de vous supplier de me croire. J’arrête de me faire hypocritement tout petit dans l’espoir que vous me laisserez entrer et me trouverez très grand, immense même. Je vais me faire grand sans demander la permission à personne, même pas à vous!

Je m’évade dans l’imaginaire : je vais faire semblant d’être mortel, tout simplement!. Entre mortels on se comprend, entre mortels rien n’est vraiment sérieux, car tout finit. Tu es là, tu existes, tu me comprends à demi-mot, et donc pas besoin de faire de frais. Je peux aller vite, droit au but. Tu n’imagines pas le plaisir que c’est de parler avec toi. Demain je te parlerai à cœur ouvert. Salut !  

7 commentaires sur “

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  2. Salut François
    moi, c’est Peps ou Serge , ancien proche de notre regretté Altan et ex hébergeur du tournage d’une scène de « M comme Mathieu » au 36 rue Serpente à Paris 6ème
    J’avais également été lecteur de ta BD « Trapicippation » (orthographe approximative!}
    j’en ai malheureusement égaré l’original
    S’il t’en restait une copie…
    Si tu veux bien me contacter, tu trouveras mes coordonnée ci-dessous
    meilleur souvenir

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